Arrabalera, la rue du tango chanté : rencontre avec Natalia Magliano

Un nouvel atelier de tango chanté débarque à Tango de Soie — et on vous raconte tout. 🎙️

Le 20 juin dernier, à l’occasion de notre soirée bar clandestino, nous avons eu le plaisir de présenter Arrabalera, notre tout nouveau projet autour du tango chanté, porté par la chanteuse et pédagogue Natalia Magliano. Une soirée chaleureuse, pleine de mots, de musique et d’empanadas — exactement comme on les aime à Tango de Soie. 🥟

Pour celles et ceux qui n’étaient pas là (ou qui voudraient revivre le moment !), voici une version synthétisée de la conversation entre Eva et Natalia.

Vous avez raté ce bar clandestino ? Pas de panique ! Une autre rencontre avec Natalia Magliano est prévue le samedi 12 septembre 2026 à 19h30

Arrabalera : c’est quoi, ce mot ?

On a longtemps cherché un nom pour cet atelier. Natalia, pourquoi Arrabalera ?

Arrabalera vient d’arrabal — un quartier en marge, un peu éloigné du centre, le lieu du tango populaire. L’arrabalera, c’est une femme de la rue, pas peur de parler, pas peur de se montrer, pas peur de porter le tango. Quelqu’un de… badass, comme on dirait aujourd’hui ! Et c’est aussi le titre d’une chanson de Tita Merello, grande icône du tango féminin — la première féministe argentine, selon moi. Elle chantait ce qu’elle voulait, elle défendait la voix des femmes. Dans la chanson, elle parle des filles de l’arrabal, bercées dans des berceaux en carton, qui se présentent mal, parlent mal… et pourtant ont beaucoup de choses à dire.

Le tango, c’est beaucoup plus qu’une carte postale ou une figure de danse stéréotypée. C’est une musique imprégnée de poésie, de mélancolie, d’histoires de migrant·es. Les Italiens, les Espagnols, les Français, les Allemands qui arrivaient en Argentine avec leurs peines, leur mal du pays — tout ça est écrit dans le tango. Et cette mélancolie-là, elle nous appartient à tou·tes.

Natalia, chanteuse depuis l’arrabal

Comment le tango chanté est-il entré dans ta vie ?

J’avais 6 ou 7 ans. La maman de ma meilleure amie m’a invitée à faire un numéro scolaire : chanter Se dice de mi de Tita Merello. En playback, bien sûr ! Je me souviens de cette porte énorme derrière laquelle j’attendais, une grande scène, beaucoup de monde… Le playback commence à sonner. Et c’est comme ça qu’a commencé cette histoire.

À 18-19 ans, j’ai commencé à chanter en public — dans des petits bars, des coins aménagés pour chanter… pas dans des salles de concert. En mode « on prend un verre, quelqu’un sort une guitare, et ça dure jusqu’à 5h du matin ». J’appartiens à la génération du Parakultural, à Buenos Aires — un lieu de rock et de punk où on s’est soudain réconcilié avec le tango, cette musique qu’on croyait « de vieux », et qu’on a redécouverte comme quelque chose d’extraordinaire. C’est là que j’ai chanté avec Ariel Ardit, Lidia Borda, Soledad Villamil, autour d’une bière. Pour moi, c’est ça l’esprit du tango.

Après, j’ai voulu travailler ma voix. Le conservatoire Manuel de Falla à Buenos Aires, c’était trop à l’étroit pour moi. Et puis un jour, rue Corrientes, j’ai vu un flyer : « Cours de chant — Dalila ». C’était la chanteuse de la scène du métro dans El lado oscuro del corazón, un grand film argentin. Je la contacte, elle dit : « Bien sûr, viens ! » J’avais 20 ans. Un jour, je lui dis que je n’ai plus d’argent. Elle répond : « Tu viens quand même. » Elle m’a tout appris, elle m’a pris sous son aile et lancé dans le monde du chant.

Chanter juste… ou chanter vrai ?

Qu’est-ce que tu as envie de faire dans cet atelier Arrabalera ? Et une question que j’avais en tête depuis longtemps : est-ce qu’il t’est arrivé de dire à tes élèves : « arrête de chanter juste, chante faux mais chante vrai ! » ?

C’est exactement ça ! On ne cherche pas à chanter juste, on cherche à chanter vraiment quelque chose. Pensez à El Polaco Goyeneche — une des plus grandes voix du tango argentin. Quand il était jeune, une super voix, très posée, travaillée… Au fil de sa vie, il l’a perdue. Ses derniers enregistrements, c’est presque de la voix parlée. Et on tombe à la renverse. On ne trouve plus la voix chantée, on trouve l’expressivité. Quelqu’un qui connaissait le tango jusqu’aux os.

Le tango a besoin d’une couleur vocale très particulière — voix de poitrine, voix mixte, urgence, transmission. Pas trop lyrique. Pour nous les Argentins, un tango chanté trop « beau » techniquement, ça ne passe pas. Ce que j’ai envie de partager dans cet atelier, ce n’est pas l’enveloppe, ce n’est pas la photo du beau tango chanté. C’est ce qu’il y a derrière : la mélancolie, la malice, la coquinerie, les histoires. Et pour ça, pas besoin d’une voix parfaite — juste envie de raconter quelque chose.

Et si je ne parle pas espagnol ?

La question que tout le monde pose : peut-on chanter le tango sans parler espagnol ?

Oui ! Mais il faut travailler les paroles, comprendre ce qu’on dit — même sans être hispanophone. Ce qui m’importe, c’est qu’on capte l’énergie de chaque tango. Un tango sombre et contemplatif, une milonga totalement festive — ce n’est pas du tout la même chose. Quand on chante, on raconte. Si on ne sait pas ce qu’on raconte, ça ne marche pas.

Moi, je ne parle pas bien anglais — mais il y a des chansons anglaises que j’adore chanter. Ma prononciation n’est pas parfaite, mais je vis tellement ces chansons que pour moi elles ont un sens. Et des gens me disent : « C’est bien !» Je pense qu’on peut chanter tout ce qu’on s’approprie vraiment, tout ce que l’on habite en profondeur.

Tout le monde peut chanter

Que dire aux personnes qui hésitent parce qu’elles pensent ne pas savoir chanter ?

Tout le monde peut chanter, c’est ma conviction profonde.

J’ai un exemple récent. Un élève avait passé toute une année scolaire à travailler la justesse avec un autre prof — il chantait faux, et le cours entier était centré là-dessus. Il ne se sentait pas bien du tout. Je lui demande : « Qu’est-ce que tu as envie de chanter ?» Il répond : « La Bohème ». Parfait. On part de là. Le problème de justesse ne venait peut-être pas de la justesse elle-même — il venait peut-être de la résonance. On lui a donné des éléments pour libérer sa voix. Ce monsieur ne pouvait absolument pas chanter il y a deux mois. Aujourd’hui, il chante La Bohème. Il est content. Et moi aussi. 😊

Ma philosophie : si on a un chemin autour du jeu et de la liberté, on arrive à des endroits qu’on n’aurait jamais cru possibles. La musique populaire, ça nous prend par le plaisir de chanter, par la communauté du partage, par l’émotion de créer ensemble.

La voix qu’on rêverait de voler

Si tu pouvais voler la voix de quelqu’un pour une seule soirée, tu choisirais qui ?

Ce n’est pas une chanteuse de tango… On ne peut pas voler la voix de Mercedes Sosa. Parce que ça serait voler l’âme de quelqu’un. Et ça, ce n’est pas possible.

Concrètement, comment ça se passe ?

Arrabalera, c’est un atelier collectif animé par Natalia seule, avec son accordéon, le piano, des pistes enregistrées. Pas une chorale — un vrai laboratoire : exercices vocaux, écoute de chanteur·ses à différentes époques, travail expressif, jeux, théâtralité… et des passages individuels courts, mais toujours dans une attention à ce qui se passe autour de soi.

L’idée, c’est de (re)créer une communauté de chanteur·ses à Tango de Soie — un espace d’études, mais pas stressant, ni qui se prend trop au sérieux. Un lieu pour découvrir, essayer, se faire plaisir, partager, s’amuser. 🎶

L’atelier a lieu le mardi soir de 19h à 21h, à partir du 22 septembre 2026. Calendrier complet : 22/09, 6/10, 20/10, 3/11, 17/11, 1/12, 15/12/2026 — puis 5/01, 19/01, 2/02, 2/03, 16/03, 30/03, 6/04, 27/04/2027.

Envie de chanter le tango ? On vous attend ! 💃🕺

Informations : écrivez-nous à l’adresse accueil@tangodesoie.net ou retrouvez-nous sur tangodesoie.net et les réseaux sociaux. 

Pour vous inscrire à Arrabalera, billetterie HelloAsso : https://www.helloasso.com/associations/tango-de-soie/evenements/inscriptions-aux-ateliers-2026-2027

À très vite à Tango de Soie avec ce nouveau projet ! 🌟

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